Le nouveau rapport des jeunes à l’épargne

03/11/2022 - source : Profession CGP

Crédit photo © Yomoni

Par Charlotte Thameur, directrice conseil chez Yomoni

Que faire de son épargne pour pallier l’inflation ? Quels sont les recours face à la diminution du pouvoir d’achat ? La retraite sera-t-elle encore de mise d’ici vingt ou trente ans ? Faut-il y penser dès maintenant ? Autant de questions que de nombreux Français se posent et un nombre croissant de jeunes actifs s’empare de ces sujets. Etat des lieux des nouveaux comportements des épargnants, notamment des plus jeunes.

Depuis des décennies, le livret A demeure le placement phare et a battu son record de collecte avec plus de 5,28 milliards d’euros placés au mois d’août. En 1992, ce livret phare affichait un taux de 4,5% pour une inflation à 3% ; aujourd’hui, avec une inflation qui frôle les 6%, son taux de rémunération est passé à 2%. S’il demeure un placement sécurisant pour ses 55 millions de détenteurs, le taux d’inflation reste bien supérieur à son taux rémunérateur. Avec un rendement négatif, l’épargne des français se déprécie un peu plus chaque mois.

L’inflation record, la crise de l’énergie, les craintes liées à la prochaine réforme des retraites redonnent à l’épargne un rôle central dans le quotidien des Français. Ces dernières années, notamment post-Covid-19, nous remarquons un changement de comportement chez l’épargnant. La crise sanitaire a donné le temps aux jeunes Français de s’intéresser aux questions d’épargne et d’investissement. Les réseaux sociaux, les « tutos » et Internet ont éclairé le sujet sous un nouveau jour et, avec plus de temps que jamais pendant les confinements, 18% des moins de 35 ans ont accru leur intérêt pour l’épargne, contre 10% pour l’ensemble de la population, selon un sondage OpinionWay de décembre 2021. Cela montre un intérêt croissant pour les services financiers accessibles et simples d’usage (+23% chez les jeunes contre +14% pour l’ensemble de la population).

 

Un intérêt croissant et une connaissance de plus en plus approfondie de l’épargne

Les moins de 30 ans constituent 38% des nouveaux épargnants de Yomoni au quatrième trimestre 2022, contre 29% en 2020. Ces clients, familiers du fonctionnement des ETF, ont fait l’expérience des crypto monnaies et autres propositions d’investissement douteuses sur les réseaux sociaux, mais ont fini déçu de la volatilité de cette monnaie numérique et de son manque de fiabilité sur le long terme.

Forts de leurs connaissances financières, ils ont surtout conscience qu’ils n’auront pas ou très peu de retraite. Pour anticiper cette absence de retraite, ils épargnent et investissent sur un horizon long (69 % des - de 30 ans investissent à plus de 10 ans en 2022 versus 62% en 2020) avec une captation plus forte de leur patrimoine chez Yomoni.

 

Une génération qui sépare banque et épargne

D’un point de vue général, le rapport à l’épargne en France reste finalement assez semblable à celui du siècle dernier, c’est-à-dire exclusivement bancaire. Pourtant, les choses ont bien évolué. Un banquier attitré à un compte client change tous les 2 ans en moyenne et gère plus de 2000 clients. Pour prendre le moins de risque possible, il conseillera un Livret A, puis une assurance-vie en fonds euros. Mais cette épargne de précaution, bien qu’impérative, enferme l’épargnant dans un statu quo. Les économies progressent moins vite que le prix des biens de consommation… Autrement dit, l’épargnant est perdant.

L’autre enjeu des banques, c’est le fait que l’accès à leurs solutions d’épargne coûte cher: frais d’entrée, de sortie, d’arbitrage, forfaits divers… Tandis que la possibilité de comparer existe dans de nombreux domaines (billets d’avion, hôtels, supermarchés…), il semble que les Français n’aient pas encore ce réflexe au sujet de l’épargne.

La comparaison est une notion que les moins de 30 ans ont bien intégrée. L’éducation financière commence à faire son chemin, l’argent est de moins en moins un sujet tabou, les réseaux sociaux et les crises sanitaires ont rebattu le rapport des Français à l’argent. Encore plus alertes sur le sujet de l’épargne que ne l’étaient les générations précédentes, ces néo-épargnants sont prêts à faire la distinction entre banque et épargne.

Cette évolution générationnelle des connaissances financières continue de s’accentuer et c’est une excellente nouvelle.